Étudier quand on n'a pas de communauté autour de soi
Ce qui manque vraiment quand on est seul, ce qui se remplace, ce qui se remplace mal.
L'étude se fait à deux. C'est ce que disent les sources, et c'est ce que l'expérience confirme.
Mais tout le monde n'a pas quelqu'un. Une ville sans beit midrash. Des horaires qui ne coïncident avec ceux de personne. Une vie qui ne laisse pas de place aux moments où les autres étudient.
Cet article ne dit pas que ce n'est pas grave. Il dit ce qu'on peut faire quand c'est la situation.
Ce qui manque vraiment
Il vaut la peine de nommer précisément ce qui manque, parce que ce n'est pas seulement de la compagnie.
Quelqu'un qui te demande ce que tu as compris. C'est en formulant qu'on découvre ce qui n'était pas clair. Seul, on passe sur les zones floues sans les voir.
Quelqu'un qui ne comprend pas la même chose que toi. Deux lecteurs ne butent jamais au même endroit, et c'est cet écart qui fait avancer.
Un rendez-vous. Un horaire tenu par deux personnes se tient. Un horaire tenu par une seule se déplace, puis disparaît.
Le fait de ne pas être seul à trouver ça difficile.
Ces quatre manques n'appellent pas les mêmes remèdes, et certains se comblent mieux que d'autres.
Ce qui se remplace assez bien
Le rendez-vous. Il se remplace par une contrainte extérieure — une heure fixe, un lieu fixe, une trace écrite de ce qui a été fait. Ce n'est pas aussi fort qu'une personne qui attend, mais ça tient.
La formulation. Écrire ce qu'on a compris produit une partie de l'effet de dire. Pas tout, mais une partie réelle : on ne peut pas écrire une phrase floue sans s'en apercevoir.
Le rythme. Un texte qui avance jour après jour donne une structure. Beaucoup étudient ainsi, seuls, depuis des années.
Ce qui se remplace mal
L'écart entre deux lecteurs. Personne ne peut te faire buter là où tu ne butes pas. C'est ce qui manque le plus, et c'est ce qu'aucune organisation personnelle ne compense.
La contradiction. Étudier seul longtemps installe des compréhensions qui n'ont jamais été mises à l'épreuve. Elles peuvent être justes. On ne le sait pas.
C'est pour cette raison qu'il vaut la peine de chercher quelqu'un, même rarement, même mal, même à distance.
Chercher quelqu'un quand il n'y a personne
Trois pistes, par ordre de facilité.
Quelqu'un qui n'étudie pas encore. Un ami, un parent, quelqu'un que ça intéresserait sans qu'il ait osé. Deux débutants font une havrouta, et parfois une meilleure qu'un débutant avec un savant — parce qu'aucun des deux ne fait cours à l'autre.
Quelqu'un à distance. La distance n'empêche pas de lire ensemble. Elle empêche de partager un thé, ce qui est une perte réelle, mais pas la perte essentielle.
Quelqu'un une fois par semaine. Beaucoup renoncent parce qu'ils imaginent qu'il faut se voir tous les jours. Une séance hebdomadaire suffit à corriger ce que six séances solitaires ont installé.
Ce qu'il ne faut pas faire
Attendre les conditions idéales. Elles n'arrivent pas. Ceux qui étudient depuis vingt ans ont commencé dans de mauvaises conditions, comme tout le monde.
Se dire qu'on commencera quand on aura trouvé quelqu'un. Commence seul, et cherche en parallèle. Un an d'étude solitaire vaut mieux qu'un an d'attente.
Prendre l'isolement pour une infériorité. Ce n'est pas une hiérarchie. C'est une contrainte, et beaucoup l'ont eue.
Une question à te poser
Qu'est-ce qui te manque le plus, dans les quatre choses nommées au début ?
Selon la réponse, ce n'est pas la même chose qu'il faut chercher. Si c'est le rendez-vous, une contrainte suffit. Si c'est la contradiction, il te faut quelqu'un — et ça vaut la peine de le chercher longtemps.